• Manuscrit : Horizons

    Nous sommes en janvier 1960. Jenny vient d’accoucher de son premier bébé. Quelques semaines plus tard, elle fait sa première sortie, se rendant voir un spectacle en compagnie de son mari Bucky et de deux amies. C’est la première fois que le couple laisse le bébé à une gardienne. Inquiétudes sur le chemin du retour : il y a une panne électrique… Le lendemain, après une hésitation, le couple sort pour la première fois en compagnie du bébé Lolly.  

    Quinze milles plus loin, tout le monde remarque qu’il n’y a plus d’électricité le long de la route. Le village suivant est plongé dans le noir. Bucky arrête, tend les mains et d’un air las dit : «  Tu permets, Jenny? Que trois minutes  », tout en tirant une cigarette de son paquet. Jenny prend son bras et dépose sa tête contre son épaule, scène qui émeut les passagères de derrière.

     

    «  Ce n’est pas si pire, Bucky. Oublie qu’on a de l’école demain et prends ton temps. Ton auto est en bon état, tes phares éclairent comme il faut et je suis certaine que les automobilistes qu’on va croiser rouleront prudemment.

    - T’as tout à fait raison, Barbara, mais ce n’est pas ce qui nous inquiète.

    - Non, c’est de penser qu’il n’y a pas d’électricité à Manchester. Je n’ai pas dit à la gardienne où sont les bougies, la lampe de poche.

    - Et si ça dure longtemps, comment va-t-elle réagir? Est-ce que Lolly va avoir froid? Elle prend du lait chaud, au cœur de la nuit. Pas du froid.  »

     

    Barbara et Priscilla se regardent, étonnées. La chanteuse s’approche pour mieux dire :

     

    «  T’as qu’à téléphoner, Bucky.

    - Tiens… C’est idiot de ne pas avoir pensé à ça.

    - Nous allons sûrement croiser un village et une ville et tu téléphoneras dans une cabine ou un restaurant. Tu prendras un café dans un gobelet, pour la route. Ça va te faire du bien.

    - T’as raison. Nous repartons tout de suite.

    - Je suis certaine que la fille que vous avez engagée est bonne et connaît tout des bébés et des enfants.  »

     

    Bucky grogne un peu en traversant trois villages sans électricité, mais triomphe en entrant dans une petite ville tout à fait éclairée. La route principale la traversant les mène rapidement vers un restaurant et un téléphone. Le couple Parker est dans la cabine, se relayant le récepteur, alors que Priscilla fait «  Ils sont si mignons  » à Barbara, tout en commandant un sandwich pour la route.

     

    «  Il n’y a pas de tempête à Manchester et tout va bien.

    - Elle n’a pas voulu nous alerter au téléphone, Bucky. Son timbre de voix n’était pas certain de lui-même.

    - Tu crois, Petit Poisson?

    - Mon petit doigt me le dit.

    - Bon… S’il n’y a pas de neige au New Hampshire, ça va rouler mieux jusqu’à la maison. C’est une tempête de la côte et non des terres intérieures. Mon café?  »

     

    À l’approche de Manchester, les deux adolescentes remarquent que Bucky accélère et que Jenny n’a pas parlé depuis quinze minutes. Il dépose d’abord Barbara et ensuite Priscilla, qui reçoit immédiatement un coup de téléphone de sa consœur pour parler brièvement du cas des jeunes parents très inquiets pour leur bébé, qu’ils viennent de quitter ensemble pour la première fois de leur vie. «  Ils vont s’habituer! Ça donne le goût d’écrire une chanson!  »

     

    En entrant à la maison, la gardienne est tout de suite attaquée par la question prompte de Jenny : «  Puis?  » La maman désire l’emploi du temps de la jeune fille de A à Z. Elle ne semble pas la croire lorsque l’adolescente assure qu’il ne s’est rien passé de fâcheux. «  Je vais aller te reconduire et te payer  », d’ajouter Bucky. Pendant ce temps, Jenny enquête dans la cuisine, la chambre de bain, puis se presse pour voir dormir Lolly.

     

    «  Ça s’est bien passé, je crois.

    - Oui. Tout est à la bonne place.

    - Nous pourrons lui faire confiance.

    - Je le pense.

    - Bon! Moi aussi, je vais à l’école demain. Alors, au dodo.

    - Si Lolly le veut, car si elle n’a pas pleuré de la soirée, elle nous le réserve pour la nuit.  »

     

    Le système d’alarme se met en marche à trois heures trente. C’est lors de ces occasions que Jenny préfère le sein à la bouteille. Plus rapide! Elle note avec émotion que le bébé semble content de la revoir. Du moins le croit-elle et Bucky ne met jamais en doute cette conviction. Pour une rare fois depuis la naissance de la petite, le couple Parker se lève de bonne humeur.

     

    «  La fin de semaine qui arrive!

    - Maintenant, nos fins de semaine sont comme tous les jours.

    - Heu… Oui… Il faut admettre…

    - S’il pouvait faire moins froid… Tu sais à quoi je pense, Bucky?

    - Dis-moi.

    - J’aimerais sortir avec Lolly dans le landau et me promener sur les trottoirs de la grande rue commerciale de la ville, afin que tout le monde me regarde en disant : Oh! si jeune et maman! Plusieurs approcheraient pour regarder et diraient : Oh! quel beau bébé! Mais pas question de faire ça au mois de janvier!

    - Et ils diraient : Oh! le beau jeune papa!  »

     

    La fin de semaine nouveau style signifie aussi que les deux ne peuvent paresser trop longtemps au lit. Bucky pourrait s’autoriser une demi-heure de plus, mais il croit qu’il vaut mieux demeurer solidaire avec Jenny. Le bébé mange avec gourmandise, ce matin-là. Bucky fait des grimaces et des câlins, aussitôt évaporés quand Jenny lui rappelle que c’est à son tour de changer la prochaine couche. «  Avec tout ce qu’elle mange? Oh là…  » Il se balade dans le couloir en donnant des petits coups dans le dos de Lolly, pour que le gros rot soit dodu. Pendant ce temps, Jenny se lance dans un petit ménage rapide. Elle a eu peu de temps pour ces tâches cette semaine, avec le travail pour Priscilla, sans oublier qu’elle touche maintenant sa guitare chaque jour, sachant que sa fille adore la musique.

     

    Bucky demeure près de Lolly, de retour dans son berceau. Entre quelques pages du volume en cours, il lui offre des déclarations d’amour. Pendant ce temps, Jenny touche à sa guitare et chante. Le jeune papa remarque, en effet, que Lolly est attentive à cette sonorité, puis pense : «  Non… Impossible. Elle est trop petite. À six mois, je ne dis pas… Mais sûrement pas tout de suite.  » Cela n’empêche pas qu’il décide d’entrer en compétition avec Petit Poisson pour prouver à Lolly que lui aussi possède une superbe voix. Une demi-heure plus tard, il arrive au salon avec sa tasse de café pour entendre l’exclusivité du spectacle de son épouse.

     

    Bucky attentif est témoin d’un drame qualifié parfois de dangereux : une corde de guitare casse pendant que Jenny joue. Prise de peur, elle délaisse tout de suite l’instrument, vite apaisée par Bucky, même si la corde rebelle n’a pas passé près de lui atteindre le visage. La chose était arrivée quand Lalena avait quatorze ans et elle avait porté une éraflure pendant des semaines.

     

    «  Pas de mal, mais ça surprend! Il faudra la remplacer. Terminé pour aujourd’hui, la répétition!

    - Pourquoi? J’aimais t’entendre. Prends un taxi et va acheter une nouvelle corde. Ça te fera un peu de bien de sortir.

    - Et si quelqu’un téléphone pour Priscilla?

    - Je vais prendre le message.

    - Je préfère être là.

    - Comme tu voudras. Je peux aller acheter cette corde, si tu veux.

    - Non.

    - Comment, non? Pourquoi?

    - Je ne sais pas…  »

     

    Jenny garde silence. Bucky sent qu’elle est encore sous le choc de l’incident. Un bon baiser et tout ira mieux! Elle s’assoit par terre devant le phono pour chercher les disques de son répertoire et les chanter. Soudain, elle arrête, ouvre la porte pour respirer un peu d’air. Bucky s’avance, lui caresse les épaules et lui dit qu’elle agit de façon bizarre.

     

    «  J’ai changé d’idée. On devrait y aller.

    - Au grand magasin? Avec Lolly?

    - Oui. Il ne fait pas si froid. La distance n’est pas longue entre ici et l’auto, entre le stationnement et le magasin. D’autres le font. Il faudra la sortir un jour ou l’autre, non?  »

     

    L’auto ronronne depuis vingt minutes, avec le chauffage au maximum. Le petit landau déborde de couvertures chaudes et Lolly est immobilisée par une infinité de pelures, prête à faire partie d’une expédition au Pôle Nord. Face au grand magasin, Bucky s’impatiente en ne pouvant trouver un stationnement tout près de la porte. Le couple et leur enfant enfin dans le local, Jenny s’empresse de s’assurer que Lolly n’a pas eu froid, regardée par les yeux inquiets de Bucky.

     

    Jenny, très droite, pousse le véhicule, avec derrière son épaule un Bucky tout autant fier. Le désir de se faire remarquer, qu’il avait trouvé secrètement futile après l’aveu de la veille, ne lui est pas étranger. Après tout, à l’école, il passe son temps à montrer les photos de Lolly à tout le monde. Peut-être que dans ce plan parfait, la personne qu’ils ne pensaient pas rencontrer était Suzanne.

     

    «  Comment, ce que je fais ici? On peut être poète et avoir des besoins très terrestres, non? Je n’ai que le samedi pour faire mes courses, mon épicerie. Comme j’ai fait fortune avec le spectacle de jeudi, je puis me permettre l’achat de chaussures neuves.

    - C’est ironique, de dire que tu as fait fortune?

    - Je ne gagne pas ça en une semaine chez Max. Alors, pour une heure trente de gestes théâtraux et de regards de vampire, je suis millionnaire. Je vois que Lolita fait sa première sortie! Fierté de montrer son enfant?

    - Pas du tout, Suzanne. Je suis ici pour un achat. Une corde de guitare.

    - Et vous venez à trois pour acheter une corde de guitare…

    - C’est moins cher que de payer une gardienne.

    - Qu’il est mignon, ce petit ange… Mignon, mais très immobilisé, hein…

    - C’est un peu froid, Suzanne.

    - Elle a les yeux grands ouverts. On dira ce qu’on voudra, mais ces petits êtres ressentent les choses, comme le bruit ambiant de ce magasin. Ça doit la rendre curieuse et c’est pourquoi elle arrondit tant les yeux. J’ai le goût de la prendre, Jenny! Je ne suis pas habituée… Donne-moi les directives.  »

     

    Le tableau de cette étrange jeune femme à l’allure de beatnik attire quelques sourires de passants, qui atteignent beaucoup plus les parents que la concernée. Suzanne laisse le couple Parker à ses «  immenses emplettes musicales  », persuadée qu’il désire surtout montrer le nouveau-né. Bucky et Jenny prennent leur temps pour se rendre au comptoir de disques et d’instruments de musique, où – quelle chance! – ils rencontrent une autre personne qu’ils connaissent : Big Cat Buckley! Mais l’ami de Neil les décevra un peu…

     

    «  Ce que je fais ici? Eh bien, les Satellites jouent ce soir dans une de vos écoles et j’ai décidé d’arriver avant les gars, question de visiter mon copain, qui est absent. La serveuse de La Moisson m’a dit qu’il reviendrait peut-être vers trois heures. Alors, je viens regarder les disques ici. Dis, Jenny, Neil m’a raconté que tu préparais un genre de spectacle. C’est vrai?

    - Oui, je prépare un genre.

    - Qu’est-ce que c’est?

    - Des chansons de groupes d’harmonies vocales, mais jouées sur ma guitare acoustique.

    - Bravo! Dis donc… T’en as fait des progrès, depuis que je t’ai enseigné quelques rudiments, en 1956! Quelles chansons, par exemple?

    - Earth Angel, Tears On My Pillow, Book Of Love, des chansons de ce genre-là.

    - Book of Love, on l’a ajoutée au répertoire des Satellites, même si c’est vieux de deux ans. Ça tourne encore à la radio et les jeunes réagissent bien quand on la joue. C’est quelque chose d’amusant, idéal pour une soirée de danse. Si jamais t’as besoin d’aide pour deux ou trois conseils, je peux passer te voir. J’avais aimé travailler avec toi! Je trouve que tu as une belle voix. Hors cela, que fais-tu de merveilleux?

    - J’ai accouché, Big Cat.

    - Ma foi… En te regardant, ça semble vrai! Oh! Bucky! Je ne suis pas poli! Je parle à ta tendre épouse et tu dois penser que je te boude ou que je la flirte! Ça va bien, dans ton école? Pas besoin d’un groupe? Tu sais, même si on a joué deux fois à Manchester dans d’autres écoles, ça ne nous ferait rien de revenir une troisième fois. On a une équipe très solide avec les Satellites.

    - Pour ma part, ça va bien à l’école, Big Cat, et je suis devenu père.

    - Sûrement! Puisqu’elle a accouché! Donc, tu veux acheter une corde de guitare! Je vais te conseiller! Je dois être meilleur que ce crétin de commis qui est parti à sa pause-café à une heure trente de l’après-midi, laissant le département désert. Idéal pour se faire chiper des disques! Quelle corde as-tu perdu? 

    - T’as vu mon bébé, Big Cat? C’est une fille. Elle s’appelle Lolly.

    - Ouais… Elle a l’air bien. Quelle corde, déjà?  »

     

    Pourquoi ne s’occupe-t-il pas de Lolly? se demandent-ils. Oh! peut-être parce que les bébés ne font pas partie de ses préoccupations! Tout de même, la chose aurait été simplement polie! Sans doute que Bucky et Jenny ne lui en voudront pas longtemps. Elle parle de musique avec lui, tout en regardant furtivement les disques, alors que Bucky pousse doucement le landau dans un va-et-vient. Un son de la petite et Jenny se précipite tout de suite vers son enfant. Rien! Mais elle doit tout de même la prendre, même si sa mère lui a conseillé de ne pas se plier sans cesse aux caprices du nouveau-né, qui voudra se faire prendre pour tout et rien par la suite.

     

    «  Bon! J’ai ma corde.

    - Et même deux!

    - Toi, tu as besoin de quelque chose?

    - Non, pas réellement.

    - Va voir pour un gant de baseball, si tu veux faire partie de l’équipe du Central.

    - Le mien est toujours très bien.

    - Va voir, juste au cas.

    - Comme tu voudras, Petit Poisson.  »

     

    Mauvaise idée, au fond, de penser Jenny. Qui voudra voir Lolly dans le département des sports? Quand cette visite sera terminée, elle suggérera d’acheter quelques nylons. Assurément, il y aura des femmes pour se pencher vers le landau. Voilà que le couple a la surprise de rencontrer dans le coin des sportifs nul autre qu’un ancien joueur des Golden Jets, de la glorieuse époque! «  Un bébé? Vous avez un bébé? Ça ne me surprend pas du tout!  » Ah! ils ne sont pas tous comme Big Cat, de se dire la jeune maman.

     

    Bilan de cette heure et demi perdue dans le grand magasin : seulement Suzanne et ce vendeur pour se pencher sur Lolly. Le second les comble et ils en parlent longtemps, après le retour à la maison, tout comme la grande sensation de fierté d’avoir marché à trois dans un lieu public. «  Je pense que nous sommes maintenant vraiment des parents  », de philosopher Bucky, sous les rires de Jenny, heureuse de pouvoir recommencer à chanter Earth Angel, comme au temps de ses seize ans.


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  • Manuscrit : La splendeur des affreux

    Ludger Duvernay est en grande partie l’instigateur du journalisme francophone au Québec. Surtout associé au journal patriote La Minerve, de Montréal, c’est cependant à Trois-Rivières qu’il débute sa carrière. La présence de Duvernay dans la Splendeur des affreux est très importante. Il influence beaucoup l’attitude de mon héros Étienne, sans compter qu’il a toute l’admiration de Jenny, son épouse. En fait, je crois bien que Duvernay provoque un certain effet chez Jenny… La Splendeur des affreux, que je considère comme mon meilleur roman, est toujours un manuscrit non publié.

    Le journal de monsieur Duvernay, j’en suis certaine, est sûrement meilleur que les leurs. Il n’y a pas d’anglais, dans notre journal! Et qu’il soit la propriété d’un Canadien rend chacun très fier. C’est un grand patriote! Depuis son arrivée dans notre communauté, il met toute sa confiance en Étienne pour ferrer ses chevaux. Mon mari lui a offert une belle voiture, qu’il a tenu à payer, malgré les refus répétés de ma petite bosse d’amour. Monsieur Duvernay lui a donné tant d’argent qu’Étienne a rougi. J’imagine qu’il n’était pas convenable pour un homme instruit de payer avec du bois de chauffage ou des légumes.

    C’est un grand jeune homme fort beau, avec un regard franc qui me fait sourire comme une idiote. Très savant, de plus! Non seulement sait-il écrire un français de grande qualité, mais il le parle mieux que tout le monde. Quand j’entends ce qu’il écrit, j’ai des frissons tout le long des bras! Quand j’écoute ce qu’il va écrire, je perds toute contenance. Monsieur Duvernay est au courant de toutes les activités politiques du Bas-Canada. Il aime en instruire ses compatriotes. Il sait aussi ce qui se passe dans beaucoup de pays. Humblement, il avoue qu’il ne pourrait ferrer aussi adroitement qu’Étienne.

    Monsieur Duvernay m’apprend qu’il y a beaucoup d’Irlandais qui sont venus, mais qu’ils préfèrent s’établir dans des petites localités où il y a peu d’Anglais, et, tout au contraire, s’en aller dans le Haut-Canada, où ils ne devront pas apprendre le français. Ces gens ont quitté le plus beau pays du monde parce que les Anglais ravagent tout, qu’ils ne laissent aucune liberté politique aux plus distingués Irlandais, qu’ils monopolisent le commerce et ne laissent aucune chance aux miens de progresser. Je sais tout cela depuis longtemps. Je l’ai souvent dit à Étienne, me répondant que j’exagérais. Aujourd’hui, monsieur Duvernay lui confie qu’un tel drame pourrait se produire au Bas-Canada. Alors, mon mari demeure silencieux, inquiet.

    « Le petit aide le grand et le grand aide le petit. Les British n’ont pas ce sens de la solidarité. Ils méprisent les plus humbles à cause de leur langue et de leur foi, et encore plus quand il s’agit de Canadiens. Le vrai patriotisme consiste à demeurer unis. C’est ainsi que nous pourrons acquérir des droits au parlement et faire entendre les griefs du peuple avec l’aide de nos députés. » Étienne hoche la tête, alors que la mienne se balance de haut en bas sans arrêt. Peut-être que j’ai l’air stupide… Monsieur Duvernay me regarde, étonné, et j’arrête tout de suite mon manège. « Les Irlandais sont de braves gens, mais pas toujours unis. » Bien… à vrai dire… Unis dans la fête, sans doute, mais la jalousie et la colère ont souvent été de mise, chez les miens. Je l’explique par signes à Étienne, qui traduit à monsieur Duvernay. Le voilà étonné par notre façon de communiquer. « Elle fait t’aussi de beaux dessins, pour t’exprimer. » L’homme répond qu’il en a déjà entendu parler. Je rougis.

    « J’ai du travail! Ce fut un plaisir de m’entretenir avec vous, monsieur Tremblay. Merci, madame Tremblay, pour vos délicieux biscuits. » Oh! je suis certes prête à lui en cuire une jarre complète, s’il les aime tant! Je demeure près d’Étienne pour aller le reconduire à la porte et le saluer. Je le regarde s’éloigner dans la rue. Étienne me cogne l’épaule. « T’es t’amoureuse de monsieur Duvernay, Jenny? » Allons donc! Une vraie Irlandaise serait traîtresse de ne pas sourire à ce qui est agréable. Être un grand patriote? Essentiel! Un beau patriote? Encore mieux!


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  • Manuscrit : Le fantôme du stade

    Depuis une trentaine d’années, Daniel est prisonnier du stade de baseball de Trois-Rivières, où il est décédé en 1969. Il revient à la vie chaque fois qu’une rencontre s’y déroule, puis disparaît aussitôt la joute terminée. Il ne peut sortir et personne ne le voit, pas même les animaux. Mais un jour, il trouve un petit chat qui, miracle, le voit et peut même le toucher. Le chat Miracle deviendra la raison de vivre de Daniel et lors du décès de l’animal, l’homme cessera d’être le fantôme du stade.  

    Pauvre enfant! Il doit grelotter! Que fait-il là? Sans doute des imbéciles qui sont venus perdre la portée de la chatte. Je gaspille mon temps à l’appeler. Minou! Minou! Minou! Et… mais ce chat me voit! Il m’entend|! Il entre, marche rapidement en ma direction en miaulant. Je ne peux pas croire à un tel miracle! Ce chat me voit! Le voilà à faire le dos rond en se frottant contre mes jambes. Je le prends, le regarde dans les yeux et passe près de m’évanouir. Vite, je file vers l’intérieur, où il sera au chaud. Je vais chercher un plat au casse-croûte et le remplit d’eau. Est-ce réellement un chat ou un esprit réincarné sous cette forme, comme dans le cas de cette consœur du Japon qu’on a retrouvée morte dans sa salle de cinéma, avec un chat près de son corps?

    Le chaton lape mon eau. Après, il approche et me regarde fixement, avant de se laver le museau avec l’aide de sa patte. Je tends un doigt. Il approche pour le renifler. Je le prends, le caresse et il ronronne. Miracle! Un miracle! Je me couche par terre pour me mettre à son niveau. Il approche, se frotte encore contre moi et je l’entends ronronner. Je m’en saisis, court vers ma chambre, le dépose sur le lit, alors que je cherche un bout de ficelle. Il joue! Extraordinaire! Soudain, je me sens inquiet… Les femmes du restaurant m’ont laissé un minimum de lait, sachant que le récipient vidé, il se remplit du liquide que j’ai déposé dans ma tasse de café. Est-ce que je vais pouvoir nourrir mon chat, le faire boire? S’il n’y a plus rien, il va s’en aller! Il ne faut pas! Je n’ai qu’une boîte de soupe, une saucisse, quatre tranches de pain, trois de jambon, une pomme et… Non : les chats ne mangent pas de pommes. Le voilà léchant mon lait, alors que je coupe un bout de la saucisse en très petits morceaux.

    Maman! Ce chat me voit! Tu entends, maman? Il me touche! Miracle! C’est d’ailleurs le nom que je lui donne. Miracle explore le lobby avec prudence, reniflant tout. Le voilà regardant le paysage par la porte d’entrée. Il ne faut pas qu’il parte! Je vais lui donner tant d’affection qu’il va rester près de moi pour toujours! Est-il un chat fantôme? Si monsieur Bellehumeur ne le voit pas, ce sera le cas. Par contre, s’il l’aperçoit, il va le jeter dehors. Jamais il ne comprendra que je peux le voir. Comment lui faire savoir ? Impossible!

    Miracle se sent bien. Il se couche près de moi. Quelle sensation incroyable! Le chaton abandonné vient d’adopter celui qui l’a nourri. Dès le lendemain, je me mets à la tâche de récupérer tout ce que je peux trouver à manger. Rien! Pourquoi ces gens font-ils le ménage en fermant le stade pour l’hiver? Oh! voilà monsieur Bellehumeur! Je me saisis de Miracle pour me terrer dans un coin des estrades. Il ne faut pas que le patron le voit! Je l’entends crier, comme d’habitude : «  Je t’ai apporté des journaux, Daniel. J’ai aussi trouvé une pleine boîte de revues des années 1960. Je sais que t’aimes les vieilles affaires. Daniel? Es-tu là?  » Non, je ne suis pas là! J’ai du mal à retenir Miracle, qui grelotte, preuve que ce chat est véritable.

    Après une heure, je n’entends plus monsieur Bellehumeur. Il est sans doute parti. Ouf! Vite, à la chaleur! Miracle ne s’en prive pas et court vers le lobby où… holà… Le patron n’était pas parti… Il regarde le chat, fronce les sourcils, se penche vers lui, semble réfléchir. Miracle, sentant une antipathie, donne un coup de queue et revient vers moi. Je marche vers mon bureau, afin qu’il me suive. Peut-être que l’homme comprendra. «  Est-ce que ça se pourrait que tu vois cet animal? Comment est-il entré ici si tu ne lui as pas ouvert la porte? Il y a eu tant de changements chez toi, ces dernières années… Un chat sans maître, c’est malpropre… Je vais réfléchir à tout ça. 


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  • Manuscrit : En attendant Joseph

    Nous voici au milieu du dix-neuvième siècle et Isidore Tremblay décide d’enseigner à clouer à son premier enfant, le petit Louis, quatre ans. Comme le garçon a bien appris sa leçon, son père décide de le récompenser. Fière promenade entre le père et le fils!  

    Isidore se sent fier d’avoir des relations avec Louis. À quatre ans, l’enfant a le bel âge pour apprendre quelques notions masculines qui lui seront utiles dans la vie. Émerentienne ne s’y oppose pas, bien qu’elle imaginait cet accomplissement pour plus tard. Cependant, elle prend grand soin de vérifier que le tout se déroule dans un solide esprit de rigueur.

    « C’est un marteau. Je vais lui montrer à clouer. 

     - Ben sûr que je sais que c’est un marteau, Zidore. Tu me prends pour une aveugle? Tu vas lui enseigner à se cogner sur les doigts, comme tu l’as fait il y a deux jours à l’atelier?

     - C’était un accident.

     - Si jamais il se frappe un doigt, c’est toi qui vas le soigner et l’empêcher de pleurer.

     - Ben oui… Ben oui…

     - Réponds-moi sur un ton plus respectueux! Surtout quand ton fils est en notre présence. »

     Louis a un peu honte de voir sa mère rester dans son entourage pour cet enseignement qu’il souhaiterait en tête à tête avec son père. Isidore lui montre la bonne façon de tenir l’outil et lui fait une démonstration de prudence. L’enfant se sent heureux d’entendre ces conseils, mais se montre plus anxieux d’enfoncer le clou, fermement tenu par son père. Émerentienne ne peut s’empêcher d’étouffer un rire quand elle voit son mari sautiller sur place et crier de douleur en tenant son doigt.

    « T’en feras jamais d’autres, mon mari. 

     - Il ne s’est pas cogné les doigts! Il a frappé les miens!

     - Fais en sorte qu’il en retire une leçon.

     - Ben oui… Ben oui…

     - Zidore Tremblay! Qu’est-ce que je viens de te dire?

     - Oui, mon épouse. Notre fils en tirera une leçon. »

     Si facile! Et voir son père giguer en se tenant la main est tant amusant! Après avoir enfoncé cinq clous, Louis apprend maintenant à les retirer sans les endommager. L’enfant ayant accompli parfaitement cette tâche, Isidore croit qu’une récompense serait de mise. Cependant, il est préférable de demander la permission à Émerentienne. Elle lui confie quelques pennies et lui demande d’aller acheter des fruits au marché. Isidore pourra donner une pomme à Louis.

    Le nouvel été est ravissant et un petit garçon comme Louis peut certes en profiter pour s’amuser librement, après avoir reçu les recommandations de sa mère. Il est peut-être encore jeune, mais il sait que lui désobéir entraînerait des réprimandes et des fessées. Son père lui paraît plus doux. Lui-même doit obéissance à Émerentienne. Louis croit alors que telle doit être la vie des hommes. Quelle fierté de marcher aux côtés du paternel, sans cesse salué amicalement par tout le monde: « Bonjour, Isidore », « Salut, Ti-Or », et, plus rarement: « Belle journée, monsieur Tremblay. » Isidore connaît les noms de tous ces gens et les répète doucement à Louis. « L’amitié et la bonté sont… sont… qu’importe! Ton grand-père Étienne pensait comme ça et tout le monde l’aimait. » Louis admire la sagesse de son père.

    La place du marché vibre sous l’animation de la foule, comme à chaque samedi. On y trouve les flâneurs venus entendre des nouvelles et parler de leur semaine de travail, alors que des paysannes vendent des légumes de leurs potagers, en attendant les grandes récoltes d’automne. Louis voudrait tout toucher, mais il sait que sa mère finirait par l’apprendre. Il regarde à gauche et à droite, pendant que son père tient une grande conversation avec des hommes de l’atelier du Gros Marteau.

    « Elles ne sont pas ben belles, les pommes. Pas encore la bonne saison! Faudra attendre la péniche des Rouette au mois d’août pour en avoir des très bonnes. Qu’est-ce qu’on va acheter, à la place? 

     - Maman veut des pommes.

     - Mais elles ne sont pas belles.

     - Elle fera de la compote.

     - T’es un p’tit gars intelligent! Comme son papa! Pour de la compote, ce n’est pas nécessaire d’avoir les meilleures pommes. »

    Louis soupire d’aise. Il sait que si son père était retourné à la maison avec un autre fruit, Émerentienne aurait parlé très fort. Isidore examine les pommes de son achat, choisit la plus belle, la coupe en deux parties afin de la partager avec Louis. « Ça, c’est parce que t’as ben appris à clouer et à enlever les clous sans les briser. » Louis, fier, rêve à la prochaine leçon. Peut-être qu’Isidore lui apprendra à scier. « On va aller voir le fleuve », de dire l’homme, en lui tendant la main.

    « Ça, c’est beau. Ça, c’est de l’eau. C’est le fleuve Saint-Laurent. Répète. 

     - Saint-Laurent. Pourquoi il s’appelle Saint-Laurent?

     - Parce que c’est un saint qui aimait les bateaux qui vont sur les fleuves. Par là, c’est la ville de Montréal, pis de l’autre côté, c’est celle de Québec. Nous sommes entre les deux. »

     En entendant malgré lui cette conversation, un badaud fait remarquer à Isidore qu’il s’est trompé de direction pour désigner les deux villes. Le père de famille garde silence, le regard sévère. Il demande à Louis de s’éloigner un peu.

    « Vous voulez me faire passer pour un ignorant aux yeux de mon fils? 

     - Mais non, monsieur. Je vous assure que Montréal se situe à l’ouest et Québec à l’est.

     - Vous ne connaissez rien! Et puis, qu’est-ce que vous en savez? Vous n’êtes pas de la ville. Je connais tout le monde, aux Trois-Rivières et je ne vous ai jamais vu. Vous venez ici pour me dire de quelle façon je dois élever mon gars?

     - Mais, monsieur, je…  »

     Isidore bouscule un peu l’homme, mais pas plus qu’il ne faut. Le geste ne sert qu’à montrer à Louis que seul son père a raison. Musclé, Isidore n’a jamais voulu se servir de sa force pour faire du mal à autrui. Le petit garçon regarde son papa avec orgueil, ne comprend pas pourquoi cet inconnu l’a contrarié. Isidore prend la main de son fils et poursuit sa promenade le long du fleuve. Il lui explique tout ce qu’ils voient. Puis Isidore décide de retourner à la maison, pour ne pas inquiéter Émerentienne.

     


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  • Publication : Petit Train

    Chic de chic : je vous propose un extrait qui ne fait pas partie du livre publié, mais qui a été ajouté lors de modifications, pour remplacer un passage que je jugeais historiquement trop bizarre...

    Fête foraine! Nous voici au début de la décennie 1910 et l’Exposition agricole de Trois-Rivières existe depuis une quinzaine d’années, devenue le rendez-vous festif de la population locale et régionale. Avec Gros Nez le quêteux, mon héros Roméo Tremblay voit un peu l’envers du décor. Ce roman  a été publié en 1998 au Québec et l’année suivante en France sous le titre épouvantable que vous pouvez voir ci-haut. Il s’agit de la copie européenne du roman. 

    Nous montons vers le terrain et nous nous dirigeons vers le nord, où sont installées les roulottes des forains. Gros Nez me recommande de ne pas dire un mot. Il explique au gardien qu’il vient chercher du travail. Avec son physique imposant et son allure misérable, l’argument tient le coup et nous pouvons passer. Mon quêteux cogne à la porte d’une roulotte. Un gaillard au visage très dur ouvre, écoute son discours. D’un geste de la main, l’homme fait savoir à Gros Nez que l’équipe n’a besoin de personne. Le contraire aurait sans doute déçu mon ami, car sa proposition n’était qu’un prétexte pour se balader dans leur château fort. Je sursaute en voyant deux nains. Le vagabond avance et leur parle en anglais. Ses grimaces produisent le meilleur effet et ces petites gens, aux visages si étranges, rient sans retenue. Le duo nous fait signe de le suivre. Ils nous mènent vers une tente, gardée par un homme très, très maigre. «  Sans doute l’homme squelette, mon Roméo.  » Inévitablement, lors du spectacle, il sera opposé à une femme immensément grosse, sans oublier le marin tatoué, l’avaleur de sabres et peut-être une femme barbue. Gros Nez me confie que le public ne devrait jamais applaudir les siamois. «  Quatre fois sur cinq, c’est un trucage.  » Je sursaute en voyant un homme sans bras et demeure stupéfait de le voir me tendre une illustration de lui-même à l’aide de ses orteils. Gros Nez parle à tous ces gens bizarres et les amuse, jusqu’à ce que le géant de tantôt l’intercepte pour lui rappeler qu’il n’a pas besoin d’aide. Nous nous éloignons, salués par les rires des nains.

    «  Qu’est-ce qui est normal ou pas? Ces gens du spectacle vivent dans un monde à part, car la société n’a pas voulu d’eux comme ils sont. Au fond, t’as vu qu’ils diffèrent peu de nous. Ils aiment s’amuser, partagent le même besoin d’amour et d’amitié. Les visiteurs, quand ils les voient, se sentent rassurés. La pitié, le mépris et les moqueries de ces gens normaux sont le gagne-pain des travailleurs du midway.

    - Je retiens cette leçon. Merci, Gros Nez.

    - Une exposition, dit-on, sert à s’instruire.  »

    Les visiteurs abondent et notre restaurant se voit envahi par ces étrangers. Maman, Louise, Céline et Thérèse sont débordées de travail, si bien que la petite Jeanne se mêle à elles. Pendant ce temps, mon père parle à tout le monde, vantant le Petit Train et le progrès de Trois-Rivières. Chacun désire avant tout voir la grande exposition agricole. J’imagine la foule imposante se pressant vers les différents pavillons et dans les estrades de l’hippodrome, pour applaudir les chiens savants et les jongleurs japonais promis.

    Le soir venu, Céline et moi y courons. Enfin… Nous nous y rendons à petits pas, suivis du chaperon Claudette. J’ai le goût de la pousser sous une tente pour qu’elle disparaisse entre les mains des américains. Je rencontre mon oncle Hormisdas, qui vient depuis la première édition avec quelques unes de ses bêtes, dans l’espoir de gagner des rubans. Il nous écrit tout le temps que «  ce sera cette année ou jamais.  » Comme papa, je préfère le pavillon de l’industrie, pour entendre les vantardises des vendeurs distingués et admirer les objets les plus neufs. Quand Céline s’attarde aux poêles et aux machines à coudre, j’ai l’impression qu’elle va me demander en mariage. Par la suite, nous nous rendons sur le site du midway pour nous amuser, souvent du spectacle d’autrui débordant de sourires et de joie.

    Quand je me dirige vers une tente précise, Céline me tire par la manche, persuadée que les gens s’y trouvant sont synonymes de graves péchés mortels. Je lui obéis, mais en tournant un coin, je tombe nez à nez avec les nains d’hier. Claudette et Céline sursautent, effrayées. Ces charmantes menues personnes me parlent en anglais à toute vitesse. Leurs grimaces, je le devine, se réfèrent à celles de Gros Nez. En guise de réponse, je hausse les épaules, signifiant que je ne sais pas où est passé mon ami. Je tends la main vers le plus vieux en me penchant, alors que son cadet salue les sœurs Sicotte amicalement. «  C’est bien, d’avoir de nouveaux petits amis.  » Ma remarque ne soutire pas un rire des faciès de Céline et de Claudette. Je leur explique mon aventure d’hier.

    Un peu plus loin, il y a un carrousel, merveille pour les yeux des petits et des grands. Ses chevaux de bois, magnifiquement sculptés, semblent si réels! Céline, rougissante, réclame d’y monter. Il faut attendre longtemps pour avoir droit à quelques tours. Ma douce se tient solidement à la barre transversale, alors que la musique criarde d’un orgue à vapeur sème la joie. Chaque fois que Céline passe devant moi, elle envoie la main, telle une gamine. Son chapeau part au vent et l’homme du midway le rattrape rapidement, le lui remet avec toutes les politesses à sa descente de la grande aventure sur ce coursier de plâtre.

    J’ai du mal à m’endormir, ce soir-là, en revoyant le sourire radieux de Céline et le O de sa bouche quand son couvre-chef l’a abandonnée. Je voudrais écrire une nouvelle, un poème, qui s’intitulerait «  La belle et le carrousel  », mais le sommeil anéantit mon projet. J’ai visité toutes les expositions depuis mon enfance, mais j’ai l’impression que je ne pourrai jamais oublier celle de 1910, à cause de cette histoire de chapeau. Céline est à son poste au Petit Train dès le matin, me rappelant son bon plaisir de la veille. Fronçant les sourcils, elle me demande si je connais vraiment ces nains. Des clients poussant la porte tuent dans l’œuf la belle réponse que je lui préparais. Je salue Céline d’un clin d’œil et me rends au bureau du journal.


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