• Manuscrit : La splendeur des affreux

    Manuscrit : Étienne et son petit chat

    La splendeur des affreux est le premier de mes romans où les animaux ont une très grande importance. Nous sommes en 1801 et le jeune bossu Étienne, treize ans, vient de faire l’acquisition d’un châton, à qui il donne le même nom que son premier chat : Ici. L’animal a la particularité de se tenir en équilibre sur son épaule. Ici vivra très lontemps et même âgé, il s’installera toujours sur l’épaule de son maître. L’amour d’Étienne pour son chat est très profond. Devenu adulte, Étienne sera maréchal-ferrant et aura pour les chevaux autant d’amour et de respect, d’autant plus qu’il avait vécu son enfance dans une écurie. La splendeur des affreux, que je considère comme mon meilleur roman, est toujours à l’état de manuscrit.  

    J’ai un nouveau chat depuis plus de quatre saisons. Son nom est Ici et il est semblable à mon premier. Il a le poil tigré de toutes les couleurs, avec une petite tache jaune entre ses deux oreilles. Il ne ronronne pas beaucoup et miaule peu. Je crois qu’il est peut-être infirme. Quand je crie: « Ici! Ici! », il approche tout de suite. C’est une femelle. Ici est un nom qui va autant pour les garçons que pour les filles. J’ai trouvé Ici perdu dans la commune et je l’ai préféré aux autres chats de mon écurie. Je voulais un petit animal orphelin, comme moi. Il m’arrive souvent de penser à l’autre, mais je me suis attaché rapidement à celui-ci, car, si jeune, il a souvent le goût de s’amuser. Nous courons partout. Il a des petites griffes pointues et se fâche quand je lui chatouille le ventre. Il ne se met pas réellement en colère. C’est pour jouer. Quand je me couche, il s’installe sur ma bosse. Ça l’amuse beaucoup. Puis il s’installe debout sur mon épaule et réussit à tenir en équilibre, même si je marche. Parfois, il s’y couche, sans jamais tomber.

    Ici n’était probablement pas née, lors du dernier printemps. Alors, je le lui présente. La neige fond pendant une journée et il en tombe une nouvelle le lendemain. Incapable de se décider, cette neige! Puis il y a de l’eau partout. Les arbres se préparent à s’habiller de feuilles, afin de se protéger de la chaleur de l’été et permettre aux hommes d’en faire autant, collés à leurs flancs. Les arbres sont bons. Ici le croit aussi, car elle aime y grimper, même si elle se trouve incapable de descendre.  »Viens ici, Ici! » Je vais chercher l’échelle pour la délivrer. Je lui explique deux grandes leçons de la vie: ne pas grimper aux arbres et apprendre à le faire quand j’ai le dos tourné. Contente, elle ronronne un tout petit peu.

    Je promène Ici un peu partout. Les gens trouvent drôle de la voir se ternir en équilibre sur mon épaule. Je crois qu’ils n’ont jamais rien vu de semblable. Ils me sourient. Je suis heureux de les étonner grâce à ma belle chatte. Est-ce que cette habileté d’Ici va me permettre de me faire des amis et de jouer, comme les autres enfants? Il serait temps, avant que je ne devienne vraiment barbu. J’explique à Ici le nom des gens et des lieux. Je lui montre les rues qu’il faut emprunter pour retourner à l’écurie, si un jour elle décide d’aller se marier. Les chattes sont ainsi. Il vient un temps où elles se plaignent beaucoup, partent et reviennent en attente d’être mères. Je vais sans doute devenir père de chatons! Tout le monde en voudra un, dans l’espoir qu’il se tienne en équilibre sur une épaule. J’aime rappeler à Ici les moments de notre première rencontre, comme je faisais avec le premier chat. Je le lui répète chaque soir. D’ailleurs, elle ne s’en lasse pas et en redemande. Elle approche, se frotte contre moi, ronronne doucement et me dit: « Raconte-moi! » Les chats adorent entendre toujours la même chose, passer par le même chemin, se coucher à un endroit qui ne change pas. Je caresse sa petite tache entre les oreilles et je lui souffle gentiment ce grand moment de notre rencontre. Contente, elle dort, joue un peu au cœur de la nuit, puis saute sur mon épaule, le matin venu, prête à une balade dans les rues des Trois-Rivières.

    Voilà un garçon qui approche, l’air intrigué de ne pas la voir tomber de son perchoir. « T’elle plante ses griffes dans mon t’épaule », que je lui explique. « Ça ne fait pas mal? » demande-t-il. « Non. Ta ne fait pas mal. » Il soulève Ici, regarde sous son ventre, à la recherche du mystère de l’équilibre de la chatte. Je ris. Puis il la laisse tomber, me pousse, et lance de la boue à Ici, avant de s’éloigner en riant. Les passants aussi sont amusés par la scène. Je me relève, essuie mes vêtements et prends Ici dans mes bras, pour vite retourner à l’écurie. Je pleure. Cela vaut mieux que de se fâcher. Ici se lave sans cesse et je l’observe. Puis un cheval réclame ma présence. Il est préférable de travailler, afin d’oublier la méchanceté de ce garçon.

    Propre, Ici grimpe sur ma bosse pour atteindre mon épaule. Je lui raconte les autres fois où des enfants se sont montrés malins à mon endroit. Plus jeune, c’était pire parce que j’avais peur de tout et que les gens se souvenaient du destin de ma mère et des violences de mon père à leur endroit. J’étais synonyme de tous ces malheurs. Ici écoute, estomaquée. Afin de ne pas me voir trop pleurer, elle saute sur le dos du cheval. Elle est si jeune! Elle veut jouer tout le temps! Je la gronde gentiment. Il ne faut pas effrayer le cheval favori de l’Anglais.


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  • Commentaires

    1
    winansi
    Jeudi 18 Juillet 2013 à 07:47

    Un bel extrait qui montre l'importance d'une complicité avec un animal, car celui ci aime sans se soucier de nos défauts physiques. Etre rejeté par les autres est une grande souffrance dont on ne s'accommode jamais et reporter son amour sur un animal en créant une relation forte est un réflexe naturel.

     

    2
    MarioB Profil de MarioB
    Jeudi 18 Juillet 2013 à 08:00

    Merci. Et ce n'est pas suffisant pour que ce texte soit accepté...

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