• Manuscrit : Le fantôme du stade

    Manuscrit : Le fantôme du stade

    Ce roman, écrit en 2008, représentait un gand défi. Il se déroule sur une période de 35 ans dans un seul lieu : le stade de baseball de Trois-Rivières (Photo ci-haut). Autre défi : aucun dialogue, Troisième défi : le roman ne devait pas être une fiction sur le baseball. J’y suis arrivé avec grand plaisir, bien que le texte sera enrichi avec d’autres relectures et corrections. L’histoire? En 1969, un adolescent de 14 ans se rend au stade pour voir une partie et reçoit une balle dans le front, qui le tue aussitôt. Le hic est qu’il se réveille dans le stade, incapable d’en sortir, sans que personne ne le voie (Il s’agit de l’extrait suivant.) Lorsqu’une autre partie débute, le garçon revient à la vie, mais se voit toujours incapable de sortir. Le voilà condamné à habiter un stade de baseball, coupé du monde extérieur, n’ayant des relations avec ses semblables que sporadiquement, lorsqu’il y a des parties.  

    Son premier coup… Je ne sais trop… J’ai vu arriver la balle à une vitesse prodigieuse en direction de ma tête et je ne sais plus rien… Ce qui me paraît vraiment curieux : le stade vidé de ses spectateurs! Le tableau indique une victoire des Aigles. Comment se fait-il que la joute soit terminé et que je n’ai rien vu? Oh! j’ai sans doute reçu la balle sur la tête, me suis évanoui et le soigneur de l’équipe est venu à mon secours, avec son sac de glace. Pourquoi est-ce que je ne porte pas de bandage? Pas de bosse dans le front non plus? Que se passe-t-il?

    J’ai sans doute passé la joute évanoui. Mes amis doivent m’attendre dans le lobby. Je note les femmes du casse-croûte fermer boutique, alors que la fille du stand à souvenirs s’attarde, parlant avec un grand gars. Je ne vois pas les Pierre. À l’extérieur, peut-être? Je marche vers la porte et… incapable d’ouvrir! Pourtant, tout le monde passe à mes côtés et la poussent facilement. Je me sens bloqué, comme hypnotisé. Je m’adresse à un homme, qui ne me répond pas, ne me regarde pas. Un deuxième agit de la même façon. Je me montre poli, pourtant! Han! Han! Stupide porte! Pourquoi ne t’ouvres-tu pas? C’est fini, non? Je dois sortir d’ici, sinon je vais rater l’autobus.

    Toutes les portes se montrent récalcitrantes, comme si elles étaient bétonnées!  Personne ne me vient en aide et tous agissent comme si je n’étais pas là! Peut-être qu’en les insultant… Non! Ce n’est pas mon genre! Voilà la fille au bras du grand garçon. «  Mademoiselle, pourriez-vous m’aider à pousser une de ces portes?  » Ou tous les spectateurs sont devenus sourds ou je suis invisible!

    En me retournant, je vois deux hommes bien vêtus, discutant entre eux. Sans doute le propriétaire de l’équipe et le patron du stade. Mais eux aussi… Au diable!  Un gros coup de pied dans la porte! Inutile! Je décide de niaiser et m’installe entre les deux hommes, qui persistent à faire semblant de ne pas me voir. Oh! voilà des joueurs sortant du vestiaire, avec leur équipement dans un sac en bandoulière. Comme ils sont grands et costauds!  Je vois ce drôle avec ses jambes arquées. Il semble secoué, comme s’il avait pleuré. Je devine ce qu’il doit avoir vécu en frappant cette balle vers ma tête. Monsieur Carlos, ne vous inquiétez pas : je vais bien! Même pas une égratignure!  Évidemment, il ne comprend pas et mes leçons d’anglais du séminaire… «  Mister, no inquiétude! Me, correct! No bobo!  » Il ne me regarde même pas! Vingt minutes plus tard, il n’y a plus personnes dans le stade et les lumières sont fermées. Quelle est cette idiotie?

    Je retourne vers les estrades, cherchant une sortie en passant dans le paddock longeant le champ gauche. Une grande porte cadenassée ne bouge même pas quand je la frappe à coups de pieds. Même chose dans la droite. Cependant, j’installe une échelle traînant là. La clôture n’est pas si haute. Incapable de faire quoi que ce soit! On dirait que quelque chose d’étrange me repousse en dedans! Je vais drôlement le rater, cet autobus! Quant à mes amis, je leur promets une montagne de reproches. Partir sans m’attendre! Quel culot! Je cherche une autre issue tout le long de la clôture ceinturant le champ extérieur. Rien! Je crie!  C-R-I-E-R ! Du calme, du calme, Daniel… De l’aide extérieure! La meilleure solution! Voilà le téléphone public et… hors fonction! Quelle malchance! Tant pis : je force le bureau de la direction, où l’appareil est autant brisé. En sortant du bureau, je constate bizarrement que ce que je viens de briser ne l’est plus. Je retourne sur le terrain à la recherche d’une sortie que je n’aurais pas vue la première fois. Je me sens comme le voltigeur de centre attendant une balle soit frappée vers lui. Cela me calme un peu. Je m’assois dans l’herbe fraîche. Quelqu’un viendra. Mes parents, sans aucun doute. Mon père a assurément téléphoné la police, dont les voitures vont arriver dans l’entourage du stade. Peut-être entreront-ils et je pourrai leur expliquer… leur expliquer… Je ne sais pas ce qui a pu se passer!

    Je ne peux pas croire que je vais passer la nuit ici! D’ailleurs, je ne m’endors pas du tout. J’ai cependant un peu faim. Je cherche à entrer dans le casse-croûte, mais abandonne l’idée, ne désirant pas de nouveau briser quoi que ce soit. Il doit exister un entrepôt. En passant devant la chambre des joueurs, j’ose pousser la porte discrètement… Wow! Quel sanctuaire! Là où l’instructeur émet ses grandes stratégies aux athlètes! Tant d’athlètes fantastiques ont un jour foulé le sol de ce petit local! Je joue de chance : il y a une boîte de biscuits et des bouteilles de cola. Les gars ne n’en voudront pas si je commets ce vol. Je rembourserai!

    Je m’assois dans les estrades, face au troisième but, là où j’étais quand j’ai reçu cette balle dans le front, il y a quelques heures. Je délaisse le sac de biscuits, touche mon front, hausse les épaules : aucune bosse! Le coup ne devait pas être si vigoureux, au fond. Je dépose la bouteille de cola vide à mes pieds et grignote un dernier biscuit. Quand je reprends la bouteille, pour aller la remettre dans le vestiaire, j’ai l’immense stupéfaction de la voir remplie! Je sursaute et… les biscuits engloutis sont revenue sur mes genoux et tombent sur le ciment. À l’aide! À l’aide!

    Je cours à toute vitesse, tente en vain d’ouvrir la porte, perds mon souffle et m’assois par terre, avant de me relever rapidement pour aller à la chambre de toilettes. Ouf! Le miroir me prouve que j’existe encore! Une horloge indique une heure trente du matin. Encore à la recherche d’une issue! Soudain, la pluie interrompt ma quête. Le tonnerre et les éclairs s’en mêlent. Je retourne dans le lobby, m’assois à une table du casse-croûte, perdu dans mes pensées.

    À la levée du jour, il pleut toujours. Le terrain a l’air d’une mare. Les Aigles ne joueront sûrement pas la partie prévue cet après-midi. Un homme viendra sans doute pour jeter à la poubelle les verres vides et sacs de chips jetés au sol entre les rangées. Je pourrai sortir à ce moment-là. Ma mère doit être rongée d’inquiétudes! Enfin, quelqu’un! Deux hommes qui, comme je l’ai deviné, sont là pour le grand ménage. Je leur ouvre les bras, mais ils ne me voient pas. Je suis pourtant face à eux! Au diable, les politesses : VLAN ! Le plus grand n’a pas bronché et continue à marcher vers les estrades, pendant que son ami transporte la poubelle, dans laquelle je donne un coup de pied. Rien! Tout comme hier! Mais soudain, ce qu’ils racontent…

    «  On voulait faire parler de l’équipe, mais je ne suis pas certain que ce soit la bonne façon. La télé de Montréal! Ils ne doivent même pas dire les résultats des parties de la Ligue provinciale, au Canal Dix ou à Radio-Canada! Ça prend juste un malheur pour que ce monde-là accoure, la bave aux lèvres. Il me semble que ce n’est pas correct pour la famille du garçon et pour ce pauvre Carlos. Il n’a pas dû dormir de la nuit. Remarque que ce n’est tout de même pas de sa faute. Des fausses balles dans les estrades, il y en a à toutes les parties. Le jeune n’a pas été chanceux! Dans le front! Je n’étais pas loin et j’ai entendu comme un craquement, pareil comme un bâton casse. Il est mort sur le coup. Le temps de venir à son secours, le petit était déjà dans l’autre monde. Quelle façon stupide de mourir, à bien y penser!  »

    Mais… mais ils parlent de moi? Je ne suis pas mort, messieurs! Je suis là! Il ne faut pas faire croire une telle chose à mes parents, à mes amis, aux gars de mon école! Du calme, Daniel… Je continue à prêter l’oreille et ils me nomment! La civière, l’ambulance! L’émoi des spectateurs! La partie retardée! Comment diable ai-je pu monter dans une ambulance, aller à l’hôpital et me réveiller dans ce stade, sans bosse dans le front? Je suis peut-être un genre d’esprit. La vie après la mort! On continue à vivre d’une autre façon dans le lieu où nous sommes décédés? Dans un tel cas, il doit y avoir des centaines d’esprits qui flottent dans les couloirs. Oh! et j’en ai ras-le-bol de cette niaiserie! Je bouscule ces hommes, je les frappe et… Il ne se passe rien! Ils ne réagissent même pas!


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :