• Publication : Contes d'asphalte

    Publication : Contes d'asphalte

    Je refuse d’employer les mots qu’il faut, sachant qu’un tas d’imbéciles vont arriver ici, et ceci pendant des années, à la recherche de tout autre chose qu’un extrait de roman. Donc, utilisez votre imagination. Un critique a déjà dit que mon personnage Carole débordait d’une sen… très intense. D’accord avec cette critique. Volontaire de ma part! Cette situation est cependant motivée par l’amour qu’elle porte pour Romuald. La séquence suivante est plutôt évocatrice de ses intentions. Un peu comme une chatte en r… cherchant coûte que coûte un chat. Z’avez compris? Contes d’asphalte a été publié au Québec en 2001.

    Ce samedi soir, Carole constate qu’elle se trouve seule à la maison, son frère Christian étant parti chez son amie de cœur et maman Tremblay ayant décidé de veiller puis de coucher chez sa sœur, au Cap-de-la-Madeleine. Carole ne se souvient pas de la dernière fois où une telle situation s’est produite. «  C’est maintenant ou jamais! Il le faut! Il le faut! Je ne peux plus tenir!  » se dit-elle, crispant les poings et pensant à Romuald. Et dire que la veille, elle a refusé son invitation à sortir sous prétexte qu’elle a du travail! Carole rage en pensant qu’il n’a pas le téléphone. Elle s’habille chaudement pour affronter le verglas d’hiver. Les trottoirs sont glissants et elle doit se tenir contre un poteau de téléphone en attendant l’autobus, qui arrive avec douze minutes de retard. Dans le véhicule, elle enlève son foulard trempé en se demandant pourquoi le conducteur ne va pas plus rapidement. Lorsqu’elle descend près de l’école, Carole prend son courage à deux mains avant d’affronter la chaussée dangereuse de la rue Sainte-Marguerite; elle pense à ces deux milles à marcher avant d’arriver chez Romuald. Après être venue près de tomber à trois reprises, elle abandonne le trottoir au profit de la rue. Vingt pieds plus loin, elle tombe à la renverse, se fait mal aux coudes, puis se relève, rattrape sa canne et continue avec plus de vigueur. Carole essaie de marcher avec fermeté, mais glisse à quatre autres occasions. Enfin, elle atteint son but! Elle cogne vivement à la porte. Pierrette lui répond.

    «  Mon frère? Il est parti jouer aux quilles avec des gars de son usine.

    - Où? Je dois savoir où!

    - Je ne sais pas. Mais entre donc, tu es trempée. Je suis seule avec Lucienne et c’est ennuyeux ici, sans radio. On va parler.

    - Je ne peux pas rester. Tu connais ses amis? Tu as leurs numéros de téléphone?

    - Qu’est-ce qui se passe de si urgent? Pas de la mortalité dans ta famille, j’espère!  »

    Carole ne récolte rien de Pierrette et retourne tout de suite dans la rue Sainte-Marguerite, transformée en véritable patinoire. Voilà le vent qui se mêle à son périple casse-cou, poussant la pluie glacée dans son visage rougi par la froidure, mais n’atteignant pas son corps encore si chaud de désir. Et l’autobus qui tarde à venir! Soudain, une automobile approche. Carole reconnaît celle du curé Chamberland.

    «  Où allez-vous, mademoiselle Tremblay?

    - Au centre-ville, monsieur le curé.

    - Montez.  »

    Carole ne refuse pas. Le prêtre est accroché à son volant, le nez avancé pour mieux voir à travers son pare-brise. Au premier feu rouge, il a un geste d’impatience qui étonne Carole. «  Je déteste la pluie en hiver! Ce n’est pas logique! En été, il pleut! En hiver, il neige! Pas la pluie en hiver! Est-ce qu’il y a de la neige, en été? C’est illogique!  » Une fois le feu vert venu, le curé pèse promptement sur sa pédale et les roues de l’automobile glissent sur place, avant de mordre un bout d’asphalte en un hoquet criard.

    «  Vous arrivez de chez le jeune Comeau?

    - Oui.

    - Êtes-vous en amour avec lui?

    - Ceci, monsieur le curé, m’est personnel.

    - Ne montez pas sur vos grands chevaux! Je ne fais que poser une simple question.

    - Un curé doit tout savoir, n’est-ce pas?

    - Tout savoir ce qui est bon pour la paix de sa paroisse. Romuald Comeau est un garçon de cœur. Qu’il fréquente la jeune maîtresse d’école me réjouirait. J’espère qu’il va vous aider.

    - M’aider? À quoi?

    - À trouver la paix.

    - Monsieur le curé, auriez-vous la gentillesse de me reconduire jusqu’à la rue des Forges et ne pas essayer de me psychanalyser?

    - Je sais que vous fréquentez le pasteur protestant, mademoiselle Tremblay. Je sais aussi que vous n’êtes pas une sotte. Je suis en droit de vous dire que lorsqu’une enseignante d’une école catholique rend visite à un pasteur protestant, elle n’est pas en paix et va au devant de graves ennuis. Voulez-vous qu’on en parle, mademoiselle Tremblay? Venez au presbytère et on va aborder la question devant un bon thé.

    - Non.

    - Bon! D’accord! Je vais vous reconduire! Mais je garde votre secret au chaud pour une prochaine fois. L’invitation tient toujours.

    - Merci.

    - J’ai bien connu votre grand-père Joseph, vous savez. Vous lui ressemblez. Bon cœur, mais le catholique le plus endormi que l’on puisse imaginer.  »

    Carole sort de l’auto les larmes aux yeux. La pluie tombe de plus belle et la jeune femme l’accompagne de son propre torrent, marchant avec peine afin de visiter chaque salle de quilles de la ville. Rien! Rien! Et rien! Il est presque dix heures et son frère Christian est probablement sur le point de revenir à la maison. Carole dépose les armes et saute dans un taxi pour regagner son foyer. Elle se sèche, pleure encore, lance sa canne contre un mur, prend une grande gorgée de jus de pomme et fait couler un bain. L’eau chaude sur son corps la calme un peu. Elle s’installe au salon avec un livre, se demandant pourquoi Christian a un si long retard. Il revient à minuit. Carole vient de perdre deux heures qu’elle aurait pu passer avec Romuald, pour qu’il apaise son envie.


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  • Commentaires

    1
    Lundi 29 Juin 2015 à 17:16

    j'aime bien...

    2
    Lundi 29 Juin 2015 à 18:55

    Merci de nouveau

    3
    Vendredi 27 Novembre 2015 à 18:27

    Bonne continuation ! Lire, écrire, lire, écrire encore et encore !

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    4
    Vendredi 27 Novembre 2015 à 21:57

    Ce site n'est plus tellement à jour... Il y a eu depuis deux publications : Les bonnes soeurs + Gros Nez le quêteux et il y aura Le pain de Guillaume, en janvier 2015.


    Merci !

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