• Publication : Des trésors pour Marie-Lou

    Publication : Des trésors pour Marie-Lou

    Une fête enfantine qui a des airs de rencontre festive entre adolescents… Les parents des trente dernières années le savent trop bien : les fêtes d’enfants ne sont plus tout à fait comme autrefois! Du moins, pas pour l’aïeul Roméo Tremblay, se rendant à celle de Marie-Lou avec en tête ses contes, alors que les jeunes veulent surtout danser sur les succès des vidéo clips. Un passage des Trésors pour Marie-Lou, se situant en 1989. Le roman a été publié au Québec en 2003.  

    Pour Roméo, une fête de petits est conforme à ses souvenirs. Pour Sylvie, ces enfants ont parfois tendance à vouloir vivre comme les grands de seize ans, le drame d’Isabelle en étant la bonne illustration. Ces fillettes n’ont pas atteint l’âge des bouleversements hormonaux que déjà elles parlent d’amours qui, si on peut leur affubler le qualificatif d’enfantines, ne le sont pas vraiment à certaines occasions. Marie-Lou ne parle pas d’une fête, mais bien d’un party. Elle ne projette pas des jeux «  de bébé  » mais bien une séance de danse criarde au son de la musique des clips de la télévision. Comme ce sera une soirée New Kids, garçons et filles de sa classe oublient vite la bouderie et s’enthousiasment en recevant les invitations dessinées par Marie-Lou. Comme promis à son arrière-grand-oncle, la blonde va s’excuser et tend la main à François-Sébastien, qui lui répond par une bulle de gomme éclatée à deux centimètres de son nez.

    Marie-Lou travaille à sa fête en dessinant les garçons du groupe fétiche de ces demoiselles. D’autres arrivent pour imposer leurs affiches ou leur collection d’objets New Kids. Il y aura une récitation de poèmes New Kids, des déclarations d’amour, un concours de lipsing et un autre de sosie. Quand Marie-Lou verra que tout le monde s’amuse, elle pourra donner ses dessins et, ainsi, elle sera de nouveau amie avec Isabelle, tout en gagnant l’affection des autres.

    Les parents s’assurent auprès de Sylvie qu’il n’y aura pas de jeux violents à la fête de Marie-Lou, et que leurs enfants seront de retour avant vingt et une heure. Sylvie répond affirmativement, bien qu’elle se sente dépaysée par l’allure du party de sa fille. Elle se croit soudainement vieille en les voyant danser et en les entendant sans cesse parler de chums et de blondes.

    Mais Roméo n’est jamais trop âgé pour des enfants. En le voyant descendre, certaines fillettes partent se cacher, effrayées par l’âge caduc de ce vieux kid même pas du bloc. Les garçons téméraires approchent pour examiner ce mutant, alors que Marie-Lou prend amoureusement le bras de Roméo pour faire les présentations. Pour ces enfants, même le mot «  arrière-grand-oncle  » semble mystérieux. Isabelle, sortant de sa bouderie, prend l’autre bras de Roméo et spécifie qu’il peut raconter de belles histoires.

    Certes! Car cette musique des New Kids, il la connaît depuis 1902! Voyez-vous, Roméo l’a entendue à cette lointaine époque. Les fillettes rient et Roméo jure qu’il dit toujours la vérité. Il leur confie les circonstances de cette découverte, alors qu’il avait rencontré un petit ange vêtu comme un vagabond, avec des souliers percés et une guitare cassée et qui pleurait des larmes de crocodile dans les rues de Trois-Rivières parce que tombé de son nuage et n’ayant pas encore d’ailes pour y remonter. Le jeune Roméo, très touché par ce drame, partit aussitôt au parc du Petit Carré où habitait un papillon bavard, mais très gentil, doté de pouvoirs magiques. Mais que pouvait faire un petit papillon magique avec ses ailes si minuscules? Sûrement pas transporter notre malheureux ange jusqu’à son nuage. Alors, le papillon réunit tous ceux de sa race et, ensemble, ils ont tressé de longues ailes aux couleurs de l’arc-en-ciel, afin que notre petit ange puisse à nouveau voler vers son nuage. Mais dans son empressement, l’ange a oublié ses vieux souliers et sa guitare cassée. Aussitôt que Roméo a touché les souliers, ils sont devenus brillants et se sont mis à danser. Et la guitare de s’illuminer pour jouer la musique la plus entraînante qui soit, égayant tous les enfants de Trois-Rivières. Mais Joseph, le père de Roméo, après avoir trouvé la guitare et les souliers, les a placés sur une tablette de son magasin général et, dès la première heure, le lendemain, il les a vendus à un Américain de passage. Et qui était cet Américain? Roméo se lève, approche du lecteur de disques compacts, pointe du doigt un New Kid de la pochette et affirme qu’il est l’arrière-petit-fils de cet Américain qui jadis a acheté les souliers et la guitare du petit ange. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui, les New Kids on the Block peuvent faire danser et chanter, rendre heureux tous les jeunes du monde entier.

    Ces enfants, si pressés de vivre les drames et les sentiments des adolescents, redeviennent soudain des gamins et des gamines face à une belle histoire racontée par un vieillard à la voix profonde. Les petits se demandent quelques secondes si cet homme n’est pas le père Noël qu’ils ont laissé tomber à l’âge de cinq ans. Les filles se mettent à rêver que Roméo est peut-être le grand-père idéal, mieux que leur propre papy, qui fait du jogging, écoute les Rolling Stones ou passe des heures incalculables devant le téléviseur à regarder le hockey. Un vrai de vrai grand-papa comme dans les bouquins de littérature de jeunesse. Roméo salue son auditoire, après la salve d’applaudissements. Les enfants le suivent pas à pas jusqu’à l’escalier qu’il monte une marche à la fois, comme un bébé, guidé par Marie-Lou et Isabelle. De retour parmi les siens, Marie-Lou s’empresse de répondre à la grande question des siens : Roméo a quatre-vingt-quatorze ans.

    Après cette parenthèse, la fête se poursuit, alors qu’au second étage, Sylvie n’en peut plus d’entendre la même chanson, reprise en chœur par ces filets de voix qui répètent à la perfection ces mots anglais dont ils ignorent la signification. Assise dans son coin, Marie-Lou aperçoit discrètement le sourire d’Isabelle, à l’autre bout du sous-sol. Même si elles ne se sont pas parlé, les deux amies savent que Roméo les a réunies. Marie-Lou veut satisfaire l’envie de sa copine et approche de François-Sébastien le sosie qui se vante haut et fort que toutes les filles de la classe sont en amour avec lui, alors que celles-ci se confient mutuellement, à voix murmurée, que François-Sébastien est leur chum et qu’il n’en adore pas d’autre. François-Sébastien monte jusqu’au petit coin et Isabelle le suit discrètement. Marie-Lou, couchée dans l’escalier, assiste au grand moment romantique, alors qu’Isabelle parle avec le Kid. Mais, soudainement, François-Sébastien se met à rire et dit tout fort qu’Isabelle n’est pas belle et qu’il préférerait embrasser une grenouille. Alors, Marie-Lou gâche sa belle fête et lance un verre de jus d’orange au visage de cet impoli. Elle profite de sa faiblesse pour lui administrer un coup de genou dans le ventre, tente ensuite de lui arracher les cheveux. Les fillettes, scandalisées par cette attaque, portent secours au bellâtre et insultent leur hôtesse. Tout le monde se disperse avant le temps, oublie le cadeau des beaux dessins, la musique, les jeux, le casse-croûte et même l’histoire de Roméo. Isabelle n’en finit plus de pleurer entre les bras de Marie-Lou qui braille à son tour que leur amitié est moins triste que l’amour, se jurant une relation éternelle, comme celle de la vieille Renée et de sa Sousou. Marie-Lou pose ses lèvres sur celles d’Isabelle, dans une étreinte plus chaleureuse que toutes celles des vrais New Kids on the Block.


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