• Publication : L'amour entre parenthèses

    Manuscrit : L'amour entre parenthèses

    Les relations qu’entretient le chapelain Charles Gervais avec sœur Marie-Aimée-de-Jésus ne sont pas tout à fait celles qui ont l’habitude d’avoir cours entre un prêtre et une religieuses… À vous de juger !

     

    Parfois, Charles se demande ce qu’il fait là. Trop intellectuel pour devenir curé de paroisse, sans doute! Ou trop permissif pour demeurer guide spirituel de séminaristes… La tâche de chapelain est certes prestigieuse, mais il n’avait jamais pensé à un tel destin. En même temps, l’homme ne voudrait pas se trouver ailleurs. Charles aime beaucoup les converses, qui reprisent ses chaussettes, viennent nettoyer les planchers de sa maisonnette et lui apportent à manger. Leur labeur constant n’est pas assez souligné. À l’occasion, elles deviennent le lien entre sa curiosité et les secrets du couvent. Elles font parfois montre d’une familiarité populiste plus démonstrative que les autres religieuses. Elles s’expriment avec le bel accent des paysannes canadiennes françaises.

    " Sœur Marie-Aimée-de-Jésus est malade.

    - Oh! rien de grave?

    - Un rhume, mais fort vilain. Je lui ferais bien une ponce, secret de ma mère, mais la sœur garde-malade refuserait que je lui administre.

    - Dites-lui que je vais prier pour elle.

    - Je n’y manquerai pas, monsieur le chapelain. Il ne faudrait pas la perdre, celle-là. Toutes les écolières l’aiment.

    - La perdre? C’est donc très grave!

    - Non, mais elle est si menue, vous savez. " 

    À la première messe du lendemain, Charles insiste avec une force inhabituelle sur les dangers de maladie qui guettent tout le monde, à chaque printemps. Il les compare au diable et recommande aux religieuses une extrême prudence et la multiplication des prières. " Les enfants! Les mères de famille! Les ouvriers et les cultivateurs! Les notaires et même les médecins! Chacun et chacune devient une proie des maladies que Lucifer envoie sur Terre! " Cette théorie fait sourciller quelques sœurs, leur rappelant les sermons de l’ancien chapelain qui répétait les mêmes mots à chaque début de nouvelle saison.

    " Personne n’échappe à la confession, révérende mère.

    - Monsieur Gervais, nous connaissons notre devoir et nous y sommes fidèles avec la plus grande foi.

    - Et notre romancière? Si vous croyez que je n’ai pas noté son absence, vous vous trompez.

    - La pauvre est alitée mais je puis vous assurer que malgré son mal, elle a été réveillée en même temps que les autres et qu’elle a offert à Dieu ses prières à l’heure de la messe.

    - Malade? Dessein du diable! La confession devient de première nécessité.

    - Je vais la faire transporter à l’infirmerie.

    - Je n’ai pas le temps. Il faut la confesser tout de suite.

    - Dans sa cellule? C’est que notre règle…

    - Et si elle mourait, le temps de la déplacer?

    - Je vous obéis, monsieur Gervais. "

    La mère supérieure lève les yeux vers le plafond, pensant : " Comme si nous ne savions pas que sœur Marie-Aimée-de-Jésus est la favorite du chapelain! " En entrant dans le lieu clos et secret, Charles pense tout de suite à la description faite par Léo Vaillancourt : des livres et des livres partout! Joli péché de la mère supérieure : Marie est si profondément endormie qu’elle n’a assurément pu se lever pour prier tout le temps de la durée de la messe. Elle secoue l’épaule de la malade. Sœur Marie-Aimée-de-Jésus sursaute en voyant le prêtre. Elle monte immédiatement la couverture jusqu’à son cou. Le bonnet de nuit, déplacé, laisse légèrement paraître ce que le prêtre n’avait jamais osé imaginer : la couleur noire de cheveux de la religieuse. La table de chevet déborde de papiers mouchoirs, causant un désordre entre un verre d’eau et une bouteille de sirop. La confession appelle à l’intimité.

    " Ce n’était pas nécessaire, monsieur Gervais.

    - Pas nécessaire? Et si Dieu vous emportait?

    - Vous devriez savoir qu’à l’image de celles de ce couvent, je prie toujours et demande pardon pour mes péchés à Notre Seigneur, avant de me coucher. De plus, vous savez que les péchés que je viens de vous confesser n’étaient que des…

    - C’était nécessaire.

    - Vous accomplissez votre devoir. Je vous comprends.

    - Prenez soin de vous et écoutez la sœur garde-malade ", fait-il en lui prenant affectueusement la main.

    Marie l’assure que ses grippes, si violentes soient-elles, ne durent jamais longtemps. Il lui laisse la main pour la poser sur son front. " Vous bouillez de fièvre. " Faux! Marie le laisse faire, devinant qu’elle va souvent penser à la chaleur de ce toucher, au scénario qu’il a dû expliquer à la révérende mère pour satisfaire sa grande curiosité de voir les livres de sa cellule. En même temps, l’enseignante craint que la femme n’enquête sur les relations entre les deux religieux. Il devient alors impératif de les espacer, de les rendre très discrètes.

    Marie ne sait pas que le prêtre a eu les mêmes pensées. Elles ont même pris un sens théologique l’ayant tiraillé pendant plusieurs jours. Est-ce que cette diablesse d’Ève s’est réincarnée dans le corps de sœur Marie-Aimée-de-Jésus pour lui tendre la pomme? Charles décide de jeûner et de ne pas quitter des yeux son crucifix sitôt ses devoirs de chapelain terminés.

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    1
    Lundi 14 Janvier 2013 à 11:52

    Tes livres ne sont pas en vente sur internet? Je viens de regarder et je tombe sur tes blogs. Faut-il passer directement par toi? Je suis en France.

    2
    MarioB Profil de MarioB
    Lundi 14 Janvier 2013 à 11:59

    Il n'y a plus aucun de mes romans sur le marché. On peut cependant en trouver en copies usagées sur des trucs type Amazon. Possible qu'il reste quelques Ce sera formidable, mais pour l'Europe, je ne sais pas...

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :