• Publication : Le pain de Guillaume

    Manuscrit : Le pain de Guillaume

     

    Manuscrit : Le pain de Guillaume

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Avant le grand traité de paix entre les coloniaux français et les peuples iroquois, en 1700, la Nouvelle-France était sans cesse attaquée par un de ces peuples, les Agniers. Désireux d’atteindre Québec, les indigènes devaient avant tout détruire Trois-Rivières. Le nombre d’attaques ne se comptent plus ! Le petit bourg résistait tant bien que mal. La victoire suivante, de 1653, est avant tout l’oeuvre de Pierre Boucher, mais un bon romancier peut se permettre d’en attribuer l’idée motrice à son personnage principal ! Un extrait du Pain de Guillaume, premier roman de la saga.  

    Le lendemain matin, les tambours résonnent avec insistance et la panique s’empare du bourg. Le fleuve Saint-Laurent déborde de canots agniers, comme jamais les Français n’en ont vu. Les femmes se barricadent dans leurs maisons ou vont se réfugier à la chapelle des jésuites. Alors que des soldats descendent vers leurs barques pour prévenir le combat, d’autres demeurent derrière les meurtrières. Les miliciens attendent sur la berge, prêts à refouler tout ennemi désireux de s’approcher du fort par voie de terre. Guillaume, fouetté par l’insulte d’Anne, trouve au fond de lui un immense courage. Il désire rejoindre ses compatriotes sur la plage, mais Pierre Boucher lui ordonne de rester à l’intérieur, « avec les femmes et les enfants ». Guillaume est pris à la gorge par cette remarque blessante. Il ne sait pas si le gouverneur l’a dite par malice ou si la tension du moment a fait sortir de sa bouche cette pensée qu’il a toujours entretenue à l’égard de son boulanger. Guillaume avale sa salive, son arquebuse entre les mains, jetant de furtifs coups d’œils vers le Saint-Laurent iroquoisé. Soudain, Pierre Boucher délaisse son poste d’observation et avance vers Guillaume.

    « Je m’excuse de mes vilaines paroles, monsieur. Que vous soyez ici depuis 1635 est la preuve infaillible que vous êtes un homme de courage et de grande valeur. Ce fort ne désire pas vous perdre. Voilà pourquoi je vous ai ordonné de rester à l’intérieur. Ce siège pourrait devenir long et la population aura besoin de pain et de nourriture.

    - Merci, votre excellence.

    - Faites-moi l’honneur de venir à mes côtés, monsieur. »

    Fier d’être près de ce grand capitaine, de cet homme extraordinaire, Guillaume regarde les combats amorcés sur le fleuve. Il contient sa crainte autant que sa joie. Boucher, fin observateur, donne des ordres à tous et chacun. « Votre excellence, je trouve que ces Agniers font tout pour éviter un véritable combat, malgré leur nombre spectaculaire. Regardez-les manœuvrer. Je ne suis pas aguerri comme vous dans la science militaire, mais j’ai l’impression que ces barbares font tout pour nous attirer devant le fort. Mais souvenez-vous que nos Hurons ont juré avoir vu des pistes derrière le bourg. » Pierre Boucher regarde vivement Guillaume et, à la seconde près, ordonne aux miliciens de rentrer immédiatement. Il crie à ses soldats de faire rouler les canons vers la palissade nord. Guillaume pousse lui-même un canon, alors que les femmes des maisons, à leurs volets, se demandent la raison de la défection des soldats de leurs postes. Guillaume note qu’Anne l’a aperçu à sa tâche. Quelques minutes plus tard, les canons hurlent sur des hordes d’Agniers qui se lancent vers cette palissade non défendue. Si Guillaume n’avait pas fait cette remarque à Pierre Boucher, ou s’il l’avait dite quinze minutes plus tard, les ennemis auraient facilement pénétré dans le fort, ne trouvant sur leur chemin que des femmes et des enfants. Pour la première fois de sa vie, Guillaume fait feu sur des Agniers. Il vise mal, n’atteint personne, mais le sentiment d’un devoir héroïque l’excite comme un petit garçon.

    « C’est une grande victoire contre nos ennemis! Des générations entières parleront de ce triomphe du gouverneur Pierre Boucher!

    - Monsieur Tremblay, c’est votre victoire. Sans votre présence, elle n’aurait pu avoir lieu.

    - Sans vous, je serai sorti faire le fanfaron avec tous les autres sur la berge. »

    Comme un bon père, Pierre Boucher se sent fier de tous. Il communique sa grande satisfaction à la population entière réunie devant sa maison. Les Trifluviens l’interrompent à l’unisson, pour scander, les poings levés: « Vive Louis XIV! Vive Anne d’Autriche! Vive le cardinal Mazarin! Vive la France! Vive la Nouvelle-France! Vive Pierre Boucher! » Alors, le gouverneur, ne tirant aucune gloire de sa stratégie, avoue à tout le monde qu’elle est née suite à une remarque judicieuse de Guillaume. « Vive Guillaume! Vive le Poltron! » Le lendemain, Pierre Boucher fait venir son boulanger dans ses appartements pour lui concéder une terre à l’ouest de la commune, avec droits seigneuriaux.


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