• Publication : Les fleurs de Lyse

    Publication : Les fleurs de Lyse

    Voici l’image naïve de Sylvie, future mère célibataire, en 1977. De plus, chose intéressante, le futur bébé est Marie-Lou, l’héroïne du roman suivant. Les fleurs de Lyse a été publié au Québec en 2002.

    La réalité frappe Sylvie d’une façon inattendue : la voilà enceinte. Une de ses précautions a dû avoir une faille et elle a peut-être fait un oubli un soir où elle était trop bercée par la marijuana. Cherchant qui a pu lui faire un tel coup, Sylvie trouve quelques candidats sans pourtant en être certaine. Et de toute façon, ceux-là se regardent comme des gamins qui chantent de façon tapageuse : «  C’est pas moi! C’est lui!  » Après une semaine de désarroi et de doute, Sylvie s’exclame, en l’apprenant à Lyse : «  C’est beau! C’est beau! C’est la nature! Je vais avoir un petit bébé! C’est beau!  » Les Pitouneuses sont d’accord. Si la mort de la chatte Acide a attristé le restaurant, une naissance prochaine vient redonner des couleurs : leur Sylvie aura un beau petit bébé. Tout le monde se sent impliqué par cette grande nouvelle, même si les garçons sifflent un air vers le plafond, mine de rien.

    Les temps changent et les mentalités évoluent. Si grand-mère Jeanne a souffert des remarques atroces parce qu’elle était enceinte d’un inconnu, si l’enfant Bérangère s’est fait tirer les couettes par d’autres fillettes parce qu’elle n’avait pas de papa, le petit de Sylvie n’aura pas à tant souffrir dans ce monde nouveau fait de tolérance et de liberté. «  C’est mon bébé!  » de répéter Sylvie, signifiant que l’intervention masculine n’existe pas dans son esprit. Clément, si bassement terre à terre, lui demande comment elle s’y prendra pour le faire vivre convenablement, sans salaire, sans métier, sans instruction. Est-ce qu’une autre misère issue de la pauvreté la guette? Sylvie l’assomme en répétant sans cesse : «  C’est mon bébé! C’est beau!  » Elle claque les talons, tourne le dos à cet ignare, pour trouver réconfort auprès de Lyse.

     

    «  Si c’est un garçon, je vais le faire baptiser Samuel de Champlain.

    — Bravo, Sylvie! C’est une magnifique idée!

    — On l’appellera Samuel tout court. Mais comme nos ancêtres avaient tous des Joseph comme deuxième nom, mon garçon aura un Champlain et je suis certaine qu’en tant que Québécois, il en retirera une grande fierté.

    — Et si c’est une fille?

    — Marie-Soleil.

    — Ah! c’est beau aussi! Mais, pour être franche… j’aime moins ça.

    — Pourquoi donc, Lyse?

    — Ce n’est pas vraiment québécois.

    — Mais c’est beau! Le soleil! Marie! C’est le joint entre la nature d’aujourd’hui et un prénom de nos ancêtres.

    — Que dirais-tu de Marie-Lou? À cause de la pièce de Michel Tremblay que tu aimes tant et où t’étais si bonne quand tu l’as jouée avec la troupe de Jean-Michel Michel. Ça, c’est plus québécois.

    — Lyse! T’as du génie! Oui! Marie-Lou! Et Samuel! Que c’est beau!

    — Oui, c’est beau!  »

     

    Pour les personnes âgées, les jeunes d’aujourd’hui ne vivent plus comme autrefois. Ils ne se marient pas et l’amour est devenu une plaisanterie. Roméo est bien prêt à comprendre un concubinage à cause de la chute de la pratique religieuse, et une situation semblable n’empêche pas un amour sincère. Il sait que Clément vit avec Loulou comme mari et femme et se dit bien heureux de leur amour. Mais qu’une des descendantes de Jeanne répète le même geste que sa sœur au cours des années 1930 apporte au vieil homme un curieux sentiment de crainte mêlé à du bonheur. Jeanne, malgré les obstacles sociaux, a su bien aimer Bérangère. Sylvie peut en faire tout autant. Mais Roméo sait, à la manière de Clément, que les temps ne sont pas aussi fleuris que l’intérieur de La Pitoune : être mère célibataire dans le contexte de 1977 n’est pas aussi catastrophique qu’autrefois, mais engendre souvent de la pauvreté et des difficultés insoupçonnées par la naïve Sylvie. Avec son grand sourire de bonheur, Sylvie dit à Roméo : «  C’est beau! Un petit enfant! Le miracle de la vie!  » Le vieil homme se garde bien de lui avouer qu’il la trouve ridicule, mais deux minutes plus tard, il l’enlace avec bonheur, sachant que Sylvie lui apportera la joie suprême de voir cet être qui sera une arrière-petite-fille de Jeanne. Car Roméo sait que ce sera une fille et qu’elle portera le joli prénom de Marie-Lou.


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