• Publication : Tremblay et fils

    Publication : Tremblay et fils

    Nous sommes au début du 20e siècle et Joseph Tremblay tient un magasin général à Trois-Rivières, dans lequel on trouve un comptoir de friandises, tenu par sa fille aînée Louise. La nouveauté plaît énormément aux frères Roméo et Adrien, mais l’idée de retourner au distributeur des biscuits moins frais les horripile. Alors, Adrien organise à la perfection un  "grand coup " pour que ces friandises leur profitent, mais quelque chose ne va pas comme prévu… Ce roman a été publié au Québec en 1996. 

    «  Psst! Roméo! Louise va retourner les biscuits au chocolat lundi matin.

    - Pas ceux avec les gros, gros, gros morceaux de chocolat?

    - Oui! Je l’ai vue préparer un colis. Je sais où elle l’a mis. Demain matin, avant le coq, je te réveille et on va y aller. Il ne faut pas perdre ces biscuits! Ils seront mieux dans notre ventre que chez le distributeur, qui va les jeter. Quel gaspillage!

    - Adrien… Si papa se rend compte de ça…

    - Pas de danger, si le colis demeure ficelé comme il faut! Si on en mange deux chacun, personne ne s’en apercevra. Ce n’est pas comme en prendre dans le comptoir, alors que tout le monde pourrait voir.

    - Vrai! Personne ne s’en rendra compte si on remet le colis comme Louise l’a préparé.

    - Deux chacun! Ni vu ni connu!  »

    Adrien organise à la perfection son aventure. Il prévoit tout. Impossible de le prendre en flagrant délit! Ce vol poli demeurera secret, sauf pour Jésus. Roméo est certain que Jésus va comprendre. Après tout, il a déjà été enfant, lui aussi. Puis Adrien assure son petit frère que Jésus aimait les biscuits au chocolat, que c’est écrit dans le bréviaire de monsieur le curé. Incrédule, Roméo le questionne du regard. L’aîné cite la parabole : «  Et Joseph demanda à Marie si Jésus pouvait manger du chocolat et Dieu leur répondit que oui, car il aime ça en titi. Page 54, en bas! Juré, Roméo!  » Dans ce cas…

    Réveil très discret dans la plus grande noirceur entourée d’un silence absolu. Marcher sur le bout des pieds en évitant à tout prix de se cogner les orteils sur le bois de l’escalier. Descendre en longeant le mur afin d’esquiver la troisième marche, celle qui craque. Adrien a pris soin, au début de la nuit, d’entrebâiller la porte menant au magasin afin de ne pas avoir à tourner la poignée. En moins de deux, les frères Tremblay se retrouvent à quatre pattes derrière le comptoir. Personne ne les a entendus.

    Avec une attention infinie, Adrien défait soigneusement la boîte, après avoir tracé à la craie l’endroit précis où elle était placée. Il a aussi pris soin de mémoriser la longueur du nœud de la corde. Tout paraît si parfait, avec Adrien! Roméo, plus que jamais, l’admire énormément. Ils ne parlent que par signes. «  Deux  », de montrer Adrien avec ses doigts. Ils sont là, si beaux et tentants. Roméo choisit le plus gros. Il le mange en tendant le menton vers la boîte. Ainsi, si des miettes tombent, elles n’iront pas sur le plancher. Quel délice! Alors que Roméo dévore goulûment, Adrien savoure doucement chaque bouchée, en mastiquant paisiblement pour faire durer le plaisir. Ils sont encore si frais! Les complices n’ont jamais croqué d’aussi divins biscuits.

    «  Si on en prend juste un de plus, ça ne paraîtra pas.

    - T’as raison. Mais seulement un!  »

    D’un seul à un autre, ils vident presque la boîte. Il ne reste que quatre biscuits et des miettes. Soudain, le coq chante et la boîte, installée sur les genoux d’Adrien, tombe et se vide. Vite! Vite! Si rapidement, ils ramassent les miettes! Après ce travail, Adrien se rend compte de leur gourmandise, car la boîte ne pèse pas le quart de ce qu’elle devrait.

    «  Mets du vieux papier. Ça ne paraîtra pas.

    - Bonne idée! Tu vas guetter si quelqu’un dans la maison est réveillé.

    - Adrien, j’ai peur…

    - Fais ce que je te dis! Et en silence!  »

    L’illusion est parfaite! Le colis remballé et placé exactement où il se trouvait la veille! Pas un morceau ne viendra les trahir et, à la minute près, Roméo et Adrien sont de retour dans leur lit. Leur mère vient les réveiller. Des auréoles se dessinent au-dessus de leurs têtes.

    «  C’est dimanche, les garçons. Il faut se préparer pour la messe.

    - Oui, maman

    - N’oubliez pas de vous laver les mains comme il faut. Le bon Dieu, qui voit tout, serait fâché de vous voir dans sa sainte maison avec des mains sales.  »

    En se penchant sur le bol d’eau, Adrien sent soudainement une odeur de biscuit venir lui cogner le fond de la gorge. Roméo se brosse les dents avec vigueur, constatant qu’il sent le chocolat à plein nez. Puis un hoquet l’attaque et Adrien essaie de l’en guérir à grands coups dans le dos, alors que le petit récite sept fois la formule d’usage : «  Dieu me l’a fait. J’ai le hoquet. Dominus : je ne l’ai plus.  »

    Les deux frères commencent la messe en priant pour que tous ces biscuits ne leur torturent pas l’estomac. En vain! Les vilains sont toujours punis, surtout le jour du Seigneur. Les fidèles s’écartent et bouchent leurs nez, formant un grand cercle autour du gâchis des petits Tremblay. Même monsieur le curé prend note de l’événement. Louise lorgne du côté de leur œuvre, pendant que la mère leur essuie le bec. Soudain, Louise ouvre grand les yeux en apercevant des petites pépites brunes. «  Mes biscuits au chocolat!  » s’écrie-t-elle, en oubliant la décence que commande l’église.

    Louise raconte tout à son père : les impolitesses d’Adrien, les demandes de Roméo, leur attitude criarde. Joseph éclate de rire. Madame Tremblay met les deux enfants en pénitence au salon, à genoux dans le coin avec le dessin de l’enfer devant les yeux. Adrien et Roméo connaissent leur faute : celle d’avoir volé et de ne pas avoir fait confiance en la parole de Louise, car ces biscuits, aussi attrayants qu’ils pouvaient paraître, n’étaient plus frais et méritaient leur retour au distributeur. Joseph leur demande de rembourser les seize biscuits mangés : du travail pour tout le reste de la semaine…


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